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DISTRIBUTION

Création du Melkior Théâtre

Texte et mise en scène : Eric Da Silva Avec Isabelle Benkemoun, Marie-Charlotte Biais, Eric Da Silva, Henri Devier, Frédéric Fachena, Hervé Gaboriau, Arnaud Le Glanic, Stephanie Germonpré, Véronique Prune

Lumière : Julia grand, Frédéric Valet ; Décor : Jeff Garraud, Sabrina Noiraud, Charlier Devier ; Costumes : Louise Tresvaux du Fraval ; Son : David Carbonnel

Production : Melkior Théâtre / La gare mondiale Coproduction : Théâtre National de Bordeaux Aquitaine, Office Artistique de la Région Aquitaine, Agence Culturelle Départemental Dordogne Périgord, Collectif 12-Friche André Malraux, Drac Ile de France, Emballage Théâtre

Avec le soutien de l’Adami. La Compagnie Melkior Théâtre est soutenue par la Ville de Bergerac, le Conseil Général de la Dordogne, le Conseil Régional d’Aquitaine, la Direction Régionale des Affaires Culturelles d’Aquitaine

 

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Eric Da Silva [3–4 décembre 2010] Esse que quelqu’un sait où on peut baiser ce soir ? J’ai répondu au bois

Pour 2 soirées uniques, le regard de l’Emballage Théâtre et Eric Da Silva sur le Bois de Boulogne, espace tour à tour féérique et inquiétant, gigantesque lupanar à ciel ouvert une fois la nuit venue.
 

PHOTOS

Photos Vincent Marin, Frédéric Valet

À PROPOS

« J'ai toujours habité près du Bois de Boulogne, voisiné avec lui, de manières, dans des circonstances, et à des périodes différentes. Un jour, il m'a semblé avoir entendu et vu suffisamment pour faire monter et éclater la folie de ces dialogues et de ces scènes aperçues et j'ai senti pouvoir suivre comme le "mouvement secret" de ces vies trop vivantes pour être vivables, de ce désert peuplé de créatures passionnément vouées aux métamorphoses. » Eric Da Silva

 « Esse que quelqu’un sait où on peut baiser ce soir ? J’ai répondu au bois » est la onzième partie d’une décade intitulée : « Je ne pourrais pas vivre si je croyais que je faisais du mal », pour et sur laquelle je travaille depuis l’année 2002.
Elle s’intègre donc dans un projet qui s’étale sur plusieurs années. A la suite de la lecture de « La misère du monde », de Pierre Bourdieu, sur l’état de la société française, j’ai eu envie de conduire au théâtre des personnages que jusqu’ici on ne rencontrait pas, comme si le message de Bourdieu disait à la lettre : « entendez, voyez, il y a des hommes peut‐être sans écriture encore mais de "vive‐voix", dont le théâtre ne peut se passer ».
C’est le Bois de Boulogne que je regarde comme l’espace tour à tour féérique et inquiétant de la filiation directe avec les bois ou les forêts des pièces de Shakespeare (surtout les comédies), dans lesquelles, toutes sortes de fabulations, d’hallucinations, de métamorphoses, d’enchantements se produisent.
Épicentre métaphorique d’un monde dans lequel le masque que l’homme se fabrique dans l’urgence pour combattre, aimer, se défendre possède l’étonnante propriété de tenir tête à la réalité.
Je regarde donc le bois de Boulogne, gigantesque lupanar à ciel ouvert une fois la nuit venue, comme le lieu de passage, de lutte, de vie et de plaisir, de personnages qui n’ont pour la plupart pas encore de représentations authentifiées ou affichées dans le théâtre que nous vivons.
Et pourtant, même si, ceux-ci trouvent sans difficultés dans le répertoire Shakespearien, Élisabéthain plus largement ou encore Brechtien plus prés de nous, leurs ancêtres, leurs devanciers, leurs prédécesseurs.
Voilà qu’ici, tout à fait simplement le théâtre, à la racine même de notre rapport avec le monde, nous entraine à conquérir cette propriété encore dont nous ne saurions nous passer pour exercer, (sur) vivre : monter le monde en spectacle, c'est-à-dire jouer avec …
« Totus mundus agit histrionem », avait écrit Shakespeare sur le frontispice de son Théâtre.
Bien entendu, je ne m’entends à raconter ici que ce que j’imagine. Par conséquent, ce que je raconte n’explique en vérité aucune chose de la nature, mais l’état de mon imagination, de mes connaissances en réalité, c'est-à-dire celle de mon théâtre.
Eric Da Silva

entretien

Quels désirs président à ton travail sur le plateau ?

De faire du théâtre contemporain. Et, je suis convaincu d’en faire parce que j’introduis dans mon théâtre des personnages qui existent dans la vie et ne trouvent pas ailleurs leur place sur les scènes des théâtres.

Quelles idées à l’origine de ce projet ?

C’est une lecture performance… Cela permet d’aborder de façon plus légère les questions de la narration et de l’incarnation en cherchant à conserver l’impact de la pièce dans son ensemble plutôt qu’aller la travailler dans le détail.

Qu’est-ce que ça révèle ?

À la manière des comédies italiennes des années 1980, on est parti sur le principe de se dire que le plus vieux métier du monde n’était pas d’être prostitué, mais plutôt de jouer la comédie. Comme ça se passe au Bois de Boulogne, la théâtralité nocturne de cette pièce dans les bois ramène aussi aux comédies de Shakespeare.

La place de cette pièce dans ton parcours ?

D’une façon très claire, j’ai voulu affirmer ici que je suis très préoccupé par l’idée du spectacle comme divertissement et convaincu de la valeur du contenu social révélé par le théâtre en tant que comédie permanente.

Ton urgence ou tes attentes à présenter ce travail aux spectateurs du T2G ?

C’est concret pour moi et symboliquement fort. Après Bernard Sobel, le fait que Pascal Rambert donne sa propre définition du lieu m’intéresse aussi au plus haut point. Il y a aujourd’hui quelque chose de gagné dans la mise en relation avec le public.

Propos recueillis par Patrick Sourd