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Rodrigo Garcia [5–14 novembre 2010] C'est comme ça, et me faites pas chier Le projet corrosif de Rodrigo García, metteur en scène hispano-argentin connu pour ses invectives poétiques, est tout entier contenu dans le nom de sa compagnie : Le Carniceria Teatro (La Boucherie – Théâtre).Contre un théâtre capitonné, « mort, avec des textes morts, pour un public mort, sans âme » qui abdique, selon Rodrigo García, devant un spectaculaire marchand, une logique publicitaire et un star system pornographe, il impose depuis 1989 un discours nerveux et des chairs à vif.
À PROPOSMoins éruptif et plus intimiste que ses manifestes Et balancez mes cendres sur Mickey (2007) ou Versus (2009), sa nouvelle création, Cʼest comme ça et me faites pas chier, sʼempare de lʼélément fondamental de la dramaturgie occidentale : la parole. Dans cette ode au langage, qui mêle pensées philosophiques et description des fresques de Masaccio, lʼacteur Melchior Derouet endosse les heurts des mots pour révéler leur inaptitude puissante, tragique à saisir le réel. Face aux spectateurs qui, comme souvent chez lui, sont moins sensibilisés que responsabilisés, Rodrigo García réactive la figure ancestrale du voyant capable de guider les individus entre de nouveaux leurres, produits en masse. « C’est comme ça et me faites pas chier est probablement mon spectacle le moins brutal, le moins violent. Pourtant, je crois qu’une fois la représentation terminée le public se sent plus agressé que jamais. Sous le calme d’une pièce paisible en apparence voyage une profonde tristesse. Je crois qu’il y a là du désenchantement, un regard abattu posé sur la réalité. Mais, à la différence de pièces comme L’histoire de Ronald, le clown de McDonald’s, Versus ou Et balancez mes cendres sur Mickey, je n’ai plus besoin de crier, ni de faire la guerre à personne. C’est comme ça et me faites pas chier est une douce démolition apparente qui peut durer un moment dans le cœur du spectateur, jusqu’à ce qu’il aille dîner. Le texte parle des bienfaits de la cécité et du besoin poétique de l’homme. Mais, dans ma mise en scène, j’ai créé un univers parallèle qui complète l’œuvre écrite et l’emmène vers des zones qui ne figurent pas dans le texte original. Je suis incapable de raconter une histoire, d’illustrer un texte. Alors j’ai pris C’est comme ça et me faites pas chier – que l’on peut interpréter comme une histoire – et j’ai cassé le texte au moyen d’images, d’idées, d’instants scéniques... Comme sur des morceaux de verre brisés, il s’y reflète des dizaines d’idées, de contradictions, voire quelque espoir. Ma mise en scène se concentre sur les sons, d’où l’importance d’avoir travaillé, les comédiens et moi-même, avec un musicien présent sur scène.» Rodrigo García. Traduction Christilla Vasserot. ENTRETIENQuels désirs président à ton travail sur le plateau ? Durant le processus de fabrication du spectacle, il m’importe beaucoup que l’incertitude soit le principe directeur de la création. Alors, d’image en image, de son en son, la pièce se construit.Quelles idées sont à l’origine de ce projet ? Mon but premier est de créer un univers poétique à partir des éléments que j’ai dans les mains. J’invente un monde fantasmatique qui dialogue avec le texte. J’imagine un environnement musical et sonore qui ouvre des pistes et oriente le jeu des comédiens. Qu’est-ce que ça révèle ? La base de mon travail est philosophique, je me questionne d’abord sur la difficulté que nous avons tous à vivre. L’important, c’est la réalité des sentiments qui apparaissent sur le plateau. La place de cette pièce dans ton parcours ? Cette pièce est beaucoup moins violente que mes spectacles précédents. Je n’ai rien planifié mais c’est la première fois qu’une de mes créations contient autant de sensibilité et de tendresse. Ton urgence ou tes attentes à présenter ce travail aux spectateurs du T2G ? Mes spectacles sont joués aux quatre coins du monde. Jouer à Gennevilliers, à New York ou au fin fond de l’Argentine c’est pareil pour moi. D’un autre côté, ce qui m’intéresse au plus haut point, c’est ce qui se passe dans la salle. C’est très important pour moi d’être présent pour voir comment le spectacle est reçu et qui vient me voir. Propos recueillis par Patrick Sourd
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