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<<< GENS DE GENNEVILLIERS II >>> Florence l’a dans la peau, le bandonéon Petite, Florence Dor dessinait. « J’étais dans les nuages, je dessinais dans les marges de mes cahiers, j’illustrais les chansons de Claude Nougaro.» L’amour pour ce chanteur chantre de Toulouse, ville où est né Carlos Gardel , était déjà un signe mais n’anticipons pas. Donc Florence dessine comme son père qui lui avait du arrêter ce passe-temps pour nourrir sa famille, « la frustration de sa vie ». Elle dessine tant qu’elle rate son bac par une fois, une deuxième fois. Ne voulant pas pousser le bouchon jusqu’au « jamais deux sans trois », ses parents dont sa mère « éternelle étudiante », l’orientent avec raison vers une école de dessin. Un an d’atelier, deux ans de graphisme. La voici en stage chez Publicis (« je n’aimais pas ce milieu »). Ou ailleurs. Dans l’un de ces stages on l’initie à l’infographie (dessins sur ordinateur). Elle est douée pour cela. La boite où elle travaille, pionnière en la matière, l’embauche. Une autre la débauche « J’y suis depuis vingt ans ». Tout aurait pu se fossiliser là. Mais Florence est une touche à tout. « Enfant quand on habitait Versailles, j’ai fait des claquettes, du cheval, du tennis, cinq ans de piano et un an de violon mais sans apprendre le solfège ». Quand son père est muté en Belgique, elle apprend la guitare auprès d’un espagnol. « Magique ». Quand la famille revient vivre en France, elle trouve un autre prof. Mais la magie, cela ne s’invente pas. Elle arrête la guitare. Passe au saxo. Même histoire. Arrêt du saxo. Le destin s’impatiente à sa porte, mais il va bientôt frapper. « Un copain m’emmène voir un film, L’exil de Carlos Gardel. Et là, c’est le choc. Je suis traversé par l’émotion, la musique d’Astor Piazzolla. Aux puces de Saint Ouen, je tombe sur un album 33 tours : « Piazzolla et le Philarmonique de New York ». Je me le passe en boucle des heures et des heures. Le son de cet homme là, c’est comme de l’âme ». Et après ? Rien. « Il y avait le tango, l’Argentine mais cela me semblait inaccessible. J’étais seule, j’aurais pu partir en Argentine, mais non. La peur, peut-être. » Est-ce aussi la peur qui la fait rater un concert de Piazzolla au New Morning ? Ce soir là elle avait un boulot à terminer dans sa boite, elle est restée. « Le regret de ma vie ». Le destin frappe une nouvelle fois, mais en douce : elle rencontre un Suisse, oui mais un Suisse qui ressemble à un Argentin. Ils se marient. Déménagement à Asnières. Les années passent. N’en pouvant plus d’attendre le destin met le turbo. « Un matin je trouve dans ma boîte aux lettres un dépliant : « Gennevilliers capitale européenne du bandonéon fête le tango ». Ce n’est pas une publicité, c’est un fait : le conservatoire de musique de Gennevilliers est ce lieu où, d’illustres Argentins, joueurs de bandonéon, ayant fui naguère la dictature de leur pays, se sont retrouvés pour exercer et enseigner leur art. « Le dépliant parlait d’un « stage de maintenance de bandonéon ». J’ai cru que maintenance cela voulait dire tenir un bandonéon dans ses mains. C’était la lampe d’Aladin. Je me retrouve dans ce stage, entourée de gens qui ont déjà leur bandonéon. Je ne comprends rien mais je prends des tas de notes. Le soir même je vais à un concert de Jean-Baptiste Henry, un prodige du bandonéon. « Je suis émerveillée ». Elle demande à prendre des cours. Cesar Stroscio l’appelle, il y a encore une place. C’était il y a cinq ans. « Je suis entrée ici, au Conservatoire,c’était le paradis. Je m’assois et Cesar Stroscio me pose le bandonéon sur les genoux. Un des plus beaux jours de ma vie. ». |
