TANGUY VIEL
du pur langage, comme si la scène ne voulait plus être autre chose que cette virtualité-là, sans plus de substance que celle dont nous la chargeons. De ce point de vue, l’expérience la plus spéculaire de la saison est ce troublant projet de Joris Lacoste autour de l’hypnose. Le mot à lui seul, « hypnose », contient toute sa promesse : rêve mesmérien d’un déplacement des fluides, télépathie circulant entre la scène et la salle. Donc le principe est très simple : nous, spectateurs, acceptons (ou pas…) d’être hypnotisés. Pour de vrai. D’abord accueillis (rassurez-vous) puis longuement préparés à l’expérience (rassurez-vous une seconde fois), nous voilà ensuite comme dirigés de l’intérieur par l’acteur, dont le récit qui nous emmène commence, comme par hasard, sur une scène de théâtre, puis se développe en une série d’images, propositions et suggestions qu’on ne saurait dévoiler ici mais qui sont comme autant d’impulsions électriques sous nos yeux clos, déclenchant alors dans nos cerveaux autant de scènes qu’il y a de spectateurs dans la salle – mais quelle salle, au fond, dans quel espace a donc lieu cette pièce ? Redistribution radicale des rôles : sur la scène il ne se passe (presque) rien tandis que d’autres scènes, des dizaines, s’inventent dans la salle, à moins que la vraie scène se joue dans le hall du théâtre, à la sortie de la pièce, soudain recomposée par les récits partagés des spectateurs devenus acteurs pour ne pas dire metteurs en scène. Et ce serait peutêtre une sorte de rêve souterrain propre aux artistes programmés ici :