© Olivier Charlot

Claudia Triozzi

Boomerang
ou le retour

à soi


fap-pagespec

5  - 15 NOV

[5, 6, 7, 8 13, 14, 15 nov. à 19h30]

Inventer de nouvelles erreurs de Grand Magasin peut être vu en deuxième partie de soirée.
bus navettes retour sur Paris à 23h30

 

durée 1h25

 

RÉSERVEZ

Et au +33 1 41 32 26 26

www.festival-automne.com
+33 1 53 45 17 17

TARIFS

Tarifs : de 7 à 24€
Le Pass ou la Carte : vos places librement à partir de 9€.

Comprendre d’où vient la danse et ce qui meut les corps. Questionner et faire apparaître ce mystérieux centre de gravité qui tout à coup prend forme sur la scène et fait advenir du vivant. Voici la quête qui anime Boomerang. Elle est obsessionnelle.

À PROPOS

Claudia Triozzi est de ces chorégraphes pour qui le corps doit excéder les limites de la chorégraphie. Venue en droite ligne de la « non danse », ce geste valeureux qui clôtura l’ère des pas de deux codifiés, elle ouvre le plateau à l’autre et l’insolite. Un boucher et un tailleur de pierre traversaient sa précédente création Pour une thèse vivante. Chez elle, la machinerie spectacle est en vrac mais elle est au complet. Elle part des cordes vocales, passe par un cerveau penseur à toute heure, redescend dans les pieds qui arpentent le sol, se pose quelque part entre art plastique, musique et théâtre. Un kit hétéroclite à l’intérieur duquel déambule cette curieuse interprète qui ne dissocie jamais le plaisir de la chair vivante sous nos yeux du désir de comprendre et faire comprendre ce qui a été, est, et sera. Boomerang ou le retour à soi est une introspection qui ne dit pas son nom. Dans cette performance, Claudia Triozzi revient aux sources, s’approprie à l’italienne le buto japonais, diffuse les interviews de ses icones personnelles et rythme ses déambulations par l’émission de souffles « pathologiques ». Son but est clair : Je veux penser un corps qui parcourt la scène, un corps traversé par une histoire du théâtre, par une cadence du rythme dansé, par une mémoire visuelle et par le chant.

GÉNÉRIQUE

Conception, scénographie, image et vidéo Claudia Triozzi.
Avec Anne-Lise Le Gac et Claudia Triozzi
Musique Fernando Villanueva, Hahn Rowe
Texte et voix Claudia Triozzi

Création le 26 novembre 2013 à l’ Espace Pasolini à Valenciennes
Production DAM-CESPI (Paris)
Coproduction CNDC – Angers, Festival NEXT, CCN – Tours, Abrons Arts Center – New York, FUSED, La Ménagerie de Verre – Paris, Théâtre des 13 Vents CDN Languedoc-Rousillon-Montpellier, T2G, Festival d’Automne à Paris
Coréalisation T2G, Festival d’Automne à Paris

ENTRETIEN


Dans Boomerang ou le retour à soi, vous continuez à explorer le temps de l’apprentissage, du savoir-faire et donc
de la manière dont nous apprenons. C’est un thème récurrent dans votre oeuvre. À quand remonte cet intérêt?
Claudia Triozzi : Cette question on pourrait aussi la poser comme cela au sujet de l’apprentissage. Il s’agirait de la perception de soi et de sa propre représentation
dans un corps de métier. La question de l’apprentissage, en effet, a traversé beaucoup de mes pièces. Parfois, elle disparait comme dans Stand (2004), Opera’s Shadows (2005), Up to date (2007), Ni vu ni connu (2010) mais elle rythme ma recherche, c’est vrai. La première pièce que j’ai réalisée, en 2000, autour
du monde du travail s’appelait Dolled-up. Par le biais d’écrans vidéo, j’interprétais certains corps de métier que l’on croise dans son quotidien. Des commerçants principalement. Un fleuriste, un boulanger, un chocolatier, soit des métiers qui n’exigent pas forcément d’études et qui se transmettent via une pratique, un faire et donc en étant sur le terrain. Ce qui m’intéressait particulièrement, c’était la construction du langage qui lie clients et commerçants. Parfois, on n’opère pas uniquement un acte d’achat ; la relation à son boulanger peut devenir très familière. Il s’agissait d’un travail sur la représentation de la vie quotidienne, une question qui me préoccupe beaucoup, en général. Selon moi, le « soi joue du soi » dans tout type de travail. Le boulanger joue au boulanger, le fleuriste joue au fleuriste, l’artiste joue à l’artiste. Cela renvoie d’emblée à des jeux d’enfance, quand on s’amuse à jouer à l’épicière et décider d’en arrêter là soudainement pour devenir le client. C’est un jeu de miroir: on est dans l’un et dans l’autre, et on y passe avec aisance. Cela va de soi. Mais qu’est-ce qu’il voit l’observateur ? Le vrai jeu ? Ce travail traversait beaucoup de strates: de quelle manière s’adresse t-on à l’autre? Qu’est-ce que je communique aux gens quand je me présente en tant qu’artiste?


Qu’est-ce qui vous intéresse dans la pratique de l’interview, à laquelle vous avez eut recourt dans vos derniers spectacles?
Claudia Triozzi : Ma recherche s’est toujours développée sur la rencontre avec des personnes appartenant à de multiples corps de métier ou engagés dans une pratique particulière. Souvent, ces personnes en question disparaissent du plateau, parfois, elles apparaissent par le biais de projections vidéo. Dès lors, même lorsque je suis soliste, je ne me sens jamais “en solo”. La pratique de l’interview recèle en soi des complexités. Comment faire dire ? Ou amener à un point de non réponse ? Au delà du contenu, c’est le rapport à l’écoute, aux non-dits, aux symboles qui m’intéresse. C’est “l’acte performatif”, le moment de la rencontre, avec les balbutiements, les masques, la temporalité particulière, la structure du langage et de l’inconscient. D’ailleurs la psychanalyse a structuré mon approche de la scène.


Parfois les “interviewés” apparaissent en live, sur le plateau, comme dans votre précédente pièce Pour une thèse vivante. En quoi ce travail a t-il été fondamental pour vous?
Claudia Triozzi : Pour la première fois, en effet, la figure de mon métier m’apparaissait par confrontation à d’autres corps de métier sur le plateau. C’est cela d’être actrice ? C’est une pièce dans laquelle je partageais mes sources de recherche, retraçais une certaine histoire de la performance et travaillais sur la représentation dans la représentation. J’investissais l’espace avec des passages de travaux anciens et invitais différents professionnels sur le plateau comme un tailleur de pierre, un boucher, des artistes, un âne. Je leur posais des questions liées à leur métier mais dont la résonance avec la spécificité du travail artistique était flagrante ; comme la question de l’échec, par exemple. Il était très important que les professionnels changent tous les soirs, afin que le boucher reste boucher sur scène et ne devienne pas l’interprète de son propre rôle. C’est une pièce que je considère davantage comme un manifeste que comme un spectacle. Une pièce qui est fondamentale dans mon parcours puisque j’y postulais la possibilité de réaliser une thèse universitaire par la pratique. Je défends l’idée qu’un artiste doit pouvoir proposer une thèse avec son outil de travail propre. Parce qu’une pièce est le résultat d’une pensée. J’enseigne depuis maintenant huit ans dans des écoles d’art et la question de notre rapport, nous artistes, aux études à l’université, aux questions de différenciation entre pratique et théorie, de notation par l’université, de “validation” du master (puisqu’en école d’art, les artistes obtiennent désormais un master qu’il leur faut valider en partie par la rédaction d’un mémoire) m’occupe beaucoup. Ce qui pose comme question, comment éviter le clivage entre pratique et théorie ? À quelle pensée se relie la manipulation de la matière ? Cela m’avait intéressée de savoir ce que pouvait signifier une “thèse” pour un artiste.


Votre nouvelle pièce Boomerang ou le retour à soi est-elle liée, d’une certaine façon, à ce manifeste que constitue Pour une thèse vivante?
Claudia Triozzi : Oui, tout à fait ! Seulement, dans Pour une thèse vivante, l’interview était directe et à but didactique. Qu’est-ce que cela peut vouloir bien dire ? La prise de parole était assez ludique, très frontale. Les personnes que j’ai interviewées pour Boomerang apparaissent cette fois via un dispositif d’écrans vidéo. Je considère que c’est une version “dure”, plus “intime” de Pour une thèse vivante dans la mesure où je suis moins exposée, je ne sollicite pas le public par des questions directes.


Qui avez-vous interviewé pour Boomerang ou le retour à soi?
Claudia Triozzi : Il y a le témoignage d’une actrice italienne qui exerçait au cinéma dans les années 1950 et vit aujourd’hui dans une maison de retraite à Bologne. J’ai
également rencontré une jeune danseuse de 16 ans, un archéologue, ou encore un passionné de noeuds qui nous apprend ce qu’est le noeud capucin ou le noeud franciscain. Il y a une dimension symbolique parce que le noeud peut renvoyer à l’activité de la pensée mais aussi une dimension anecdotique assez amusante. Disons que je les interroge sur des questions qui sont liées à mon histoire mais il ne s’agit pas pour autant d’une pièce à caractère biographique. Par exemple, lorsque je questionne la jeune danseuse de 16 ans sur son rapport au miroir, ça résonne en moi parce qu’en tant que danseuse, le miroir a eu une importance dans la représentation que j’ai pu me faire de la danse, à mes débuts. Donc les questions me concernent, mais je les pose aux autres. La jeune danseuse ne répond
pas ce que j’aurais pu répondre parce que le rapport au miroir à son âge et au mien est différent mais ce que l’on constate est que notre rapport à lui est toujours le même. Le miroir est un objet immuable dans sa matérialité. C’est la question générationnelle qui m’intéresse aussi, comme lorsque je demande à un jeune italien sa relation à l’amour en lui demandant de me faire « le visage de l’amour ». Je m’interroge sur les moments de la vie où l’amour réapparait, sur la forme qu’il peut prendre à différents âges ou liés à une mémoire de ça. La pièce comporte aussi un film sur une usine en Italie où ne travaillent que des femmes. Alors évidemment, ça fait écho à mon histoire parce j’ai moi-même travaillé à l’usine en Italie. Mais ce qui m’intéressait, ce n’était pas de parler de mon histoire mais de montrer
le geste de ces femmes, leur travail de patience et de précision. Le thème de la pièce est compliqué à dégager parce s’y entrelacent des images et des considérations sur la naissance, la préhistoire, l’amour...


Certaines personnes interviewées que vous décrivez sont italiennes. Vous même travaillez en France mais avez grandi en Italie. Quelle est la place de “l’italianité” dans cette pièce?
Claudia Triozzi : La pièce est presque entièrement en italien alors que je peux parler en français. Bon il y a toujours de l’italien dans mes pièces mais cette fois, c’est différent. Parfois, on rencontre un nouveau soi-même à un endroit tout à fait inattendu. Si on m’avait dit il y a trois ans que ma prochaine pièce serait liée à l’Italie, je n’aurais pas vu l’intérêt. Mais là, je voulais revenir à une évidence. Pour autant, la pièce n’est pas dédiée à l’Italie. Je suis allée chercher des matériaux en Italie parce que j’ai grandi là-bas et que mes pièces sont rattachées, même malgré moi, à l’art italien.

Propos recueillis par Eve Beauvallet pour le Festival d'Automne à Paris

Photo © Olivier Charlot

 

AVANT/APRÈS

[mercredi 15 oct.à 14h]
Rencontre avec Caudia Triozzi à l'ENSBA

[samedi 8 novembre à 17h30]
Rencontre philosophique 2/4
La privation de l’intime
Emmanuel Alloa reçoit Michael Foessel

 

 ON EN PARLE

Italie à Paris

New York Times

Texte Lou Forster
A bras le corps Smaranda Olcèse-Trifan
 

AVEC LES PUBLICS

 Dossier du spectacle
Reportage vidéo FAP / Fabrique Claudia Triozzi