Ahmed El Attar The last Supper

LE CAIRE

Ahmed El Attar

The Last Supper


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9  - 15 NOV 2015

[9, 13, 14 nov. à 20h30] bus
[10, 12 nov. à 19h30]
[15 nov. à 15h00]

Du 09/11/2015 20:30
Au 15/11/2015 15:00
(cliquez sur une date pour réserver en ligne)

durée 1h
spectacle en arabe – surtitres français

 

Et au +33 1 41 32 26 26

www.festival-automne.com
+33 1 53 45 17 17

TARIFS

Tarifs : de 7 à 24€
Le Pass ou la Carte : vos places librement à partir de 9€

L’auteur et metteur en scène égyptien Ahmed El Attar réunit autour d’une table onze personnages d’une famille aisée cairote. Un repas ordinaire qui ne manque pas de croquer les travers d’une société qui tient à ses privilèges et prérogatives au mépris de l’intérêt général.

À PROPOS

Ahmed El Attar : un repas délité
Le 11 février 2011, la révolution mettait fin à la présidence d’Hosni Moubarak. Trois ans plus tard, le 8 juin 2014, l’ancien militaire Abdel Fattah al-Sissi prend les commandes. L’élite cairote ne s’en émeut pas. Cela n’a pas échappé comme mille autres détails apparemment insignifiants (comme la confiscation du discours par une élite) à l’auteur et metteur en scène Ahmed El Attar. Acteur culturel de la génération béton, très engagé au Moyen-Orient, directeur notamment du Downtown Contemporary Arts Festival dédié à la création indépendante de plus en plus menacée. Avec ses complices de toujours le compositeur Hassan Khan et le scénographe Hussein Baydoun, il donne sa propre vision de la Cène.

Réunis autour d’une table pour un banal souper, onze membres d’une même famille, de la nounou à la figure patriarcale du général, papotent pour tuer le temps. Cette table sert de poste d’observation au metteur en scène, terrible chroniqueur pour décrypter l’insouciance et la vacuité de la nukhba (l’élite en arabe), qui ne saurait renoncer à ses prérogatives de classe économiquement dominante. «Pour moi, dit Ahmed El Attar, le théâtre, en gros, l’art, est un container de la vie. L’image de la famille dresse un constat de la société. Le rapport entre ses membres et la souveraineté du père (…) correspond à celui existant entre le peuple et le président ».

Comme en écho à la prémonitoire Table verte de Kurt Jooss annonçant la montée du fascisme et la deuxième guerre mondiale, The Last Supper renseigne sur l’Egypte d’après Moubarak et ses nouveaux dirigeants. La bourgeoisie, autrefois éclairée, s’y délite.
M.-C. V.


GÉNÉRIQUE

The Last Supper
العشاء الأخير


Avec:

Mahmoud El Haddad
Mohamed Hatem
Marwa Tharwat
Boutros Boutros-Ghali (Pisso)
Abdel Rahman Nasser
Ramsi Lehner
Nanda Mohammad
Mona Soliman
Sayed Ragab

Reza Djarir et Lalla Farahmand
en alternance avec Mona et Ahmed Farag


Texte et mise en scène Ahmed El Attar
Musique Hassan Khan
Décor et costumes Hussein Baydoun
Lumière Charlie Aström
Réalisation sonore Hussein Sami

Production et régie Mram Abdel Maqsoud
Assistant lumière et opérateur Saber El Sayed
Assistant décor Ahmed Ashmawy

Régisseur général des tournées Camille Mauplot
Responsable des tournées Charlotte Clary
Structuration des tournées Henri Jules Julien

Traduction française Menha El Batraoui / Charlotte Clary
Traduction anglaise - Lara El Gibaly

Responsable financier Ahmed Nagy
Relations publiques Basma Hamed
Marketing Rania El Embaby / Farah Nassar
Graphisme  Sara Mansour
Photographie  Mostafa Abdel Atty
Documentation Vidéo Mostafa Nageb

 

Production Orient Productions et The Temple Independent Theatre Company
Coproduction Tamasi Collective

Coréalisation T2G – Théâtre de Gennevilliers, Festival d’Automne à Paris.

Spectacle créé en novembre 2014 au Caire, Égypte
Avant-Première en Europe : Festival ‘Les rencontres à l’échelle’ à Marseille, France (Novembre 2014)

Présenté au Festival d'Avignon 2015
Avec le soutien de Studio Emad Eddin Foundation et Swedish International Development Agency (SIDA).

Avec le soutien de l'ONDA Office National de Diffusion Artistique, et de Theatron.

 

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ENTRETIEN

Vous êtes le directeur de “The Temple Independent Theatre Company” Quelle est l’histoire de votre compagnie ?
Ahmed El Attar : J’ai fondé ma compagnie à la fin de mes études à l’Université américaine du Caire, au début des années 1990. Tout le mouvement indépendant et alternatif est né en Égypte à la fin des années 80, alors que le secteur du théâtre privé était en plein déclin. En Égypte, il y avait une tradition du théâtre privé très forte et très influente, qui attirait de riches touristes venus de tout le monde arabe, qui payaient leur ticket 300 $ pour aller voir un spectacle où il y avait telle ou telle star. Après l’âge d’or des années 1960 et 1970, le théâtre égyptien a connu une crise touchant à la fois les structures privées et les théâtres financés par l’Etat, tous deux désertés du public. Le mouvement indépendant est donc issu de ce moment de changement, où les pressions énormes politiques et économiques ont pesé sur le théâtre privé et ont remis en cause son fonctionnement. Des compagnies de théâtre, des artistes, des institutions ont émergé à cette époque.

Dans The Last Supper, vous mettez en scène une famille bourgeoise. Qu’est-ce qui vous intéresse dans cette classe sociale ?
Ahmed El Attar : Je crois que je veux me dresser contre un certain type de discours, très présent en Égypte et véhiculé justement par cette classe sociale. Quand on parle des problèmes de notre pays, on parle toujours de l’analphabétisme, de la pauvreté, et on accuse les pauvres d’être responsables des difficultés de l’Égypte. C’est vraiment un discours facho. Mais le vrai problème, ce sont ces gens qui ont le pouvoir et l’argent, qui ont les moyens de réfléchir, de développer une conscience, qui ont voyagé, mais qui n’en font strictement rien. Ils sont ignares et sont vides à l’intérieur. C’est très grave car les ressources qui affluent vers eux ne sont pas utilisées, développées et partagées. On ne peut pas exiger d’un paysan qui a huit frères et sœurs, qui s’est marié à 16 ans, qui doit nourrir ses dix enfants, qui ne sait ni lire ni écrire et qui vit dans une maison à la campagne, de changer le pays. Mais celui qui a tout, qui conduit des 4x4 et ne se soucie absolument pas du monde, tandis que des centaines de milliers d’euros ont été dépensés pour qu’il évolue, voilà ce qui tire le pays vers le bas.

La bourgeoisie n’a pas du tout été mise en danger par la révolution. Comment définiriez-vous son rôle actuellement ?
Ahmed El Attar : Rien n’a changé. Les mêmes cercles sont au pouvoir. Je dis rien n’a changé, mais ce n’est pas tout à fait vrai. J’ai confiance en la nature des choses. Je crois que les changements ne peuvent se faire que par étapes : un peuple qui a été oppressé pendant soixante ans, qui n’a pas l’habitude de la liberté et de la dignité, ne va pas changer de pensée du jour au lendemain. Cela prend du temps. Mais déjà, il y a eu un début de confrontation entre les générations. Certes, la jeune génération a été en partie enfermée, décimée, mais elle revient en force. Je pense que le monde arabe ne changera pas tant que les fils n’arriveront pas à tuer leur père comme Œdipe l’a fait. C’est ce qui s’est passé avec Moubarak, mais, comme on dit, les mauvaises habitudes ont la vie dure. Quand les Égyptiens ont élu Morsi, c’est comme s’ils avaient reproduit Moubarak, comme si Moubarak n’était qu’un nom, un personnage, et pas l’archétype.

Selon vous, la famille serait le microcosme de la société égyptienne. La démocratisation de la société ne passerait que par une démocratisation de la structure très patriarcale de la famille.
Ahmed El Attar : Tout à fait. Mais je ne parle pas d’une démocratisation de la famille dans un sens littéral, car ce n’est pas la même chose – on n’élit pas son père, on ne choisit pas son père –, mais d’un réarrangement du pouvoir au sein de la famille. Le père y est omniprésent et c’est pour cela que, dans tous mes spectacles, la figure du père est centrale. Au père, on ne peut que lui dire “tu as tort, tu as merdé, casse-toi, ça suffit”. Le père, c’est le président, c’est Moubarak, c’est Morsi, c’est Sissi maintenant. Dans ma prochaine création, je veux parler de la relation à la mère. Cela s’appellera Mama, comme la chanson de Genesis. Dans The Last Supper, la mère n’est pas présente sur scène : on l’appelle tout le temps, mais elle ne vient jamais. J’essaie de comprendre les dynamiques du pouvoir au sein de la famille et de la société.

Depuis La Vie est belle ou En attendant mon oncle d’Amérique (2000), vous avez arrêté d’écrire des textes. Pourquoi ?
Ahmed El Attar : Après La Vie est belle ou En attendant mon oncle d’Amérique, j’ai arrêté d’écrire dans un sens classique et je me suis plutôt consacré à une écriture de plateau. En regardant mon travail, je me rends compte que je suis travaillé par le rapport à la langue. J’ai été élevé dans un pays du Tiers-Monde, contrôlé par des militaires qui s’habillent en costard cravate, dans lequel règne un discours complètement mensonger, qui formate tous les esprits et est divulgué par tout le monde – parents, école, président : l’Égypte est le plus beau pays du monde. Mais lorsque l’on sort dans la rue, la réalité saute aux yeux. Quand je suis rentré en Égypte à 16 ans, après avoir passé une année en France, j’avais énormément changé et j’ai perçu tous ces discours qui façonnent la réalité égyptienne. Depuis, je ne cesse d’affronter ce rapport au discours et au mensonge dans mon travail. Avec Maman, je vais gagner des millions, Othello ou Qui a peur de William Shakespeare ?, j’ai récupéré des textes : des bouts de textes d’école, le serment républicain et j’ai ajouté des morceaux de textes que j’écrivais, comme si je ne voulais plus de la fiction, comme si je voulais recomposer les histoires par d’autres bouts d’histoires.

The Last Supper marque votre retour au texte. D’où est née l’envie de vous confronter à nouveau à l’écriture d’un texte théâtral ?
Ahmed El Attar : Je ne peux pas dire. Après la Révolution, on pensait tous que tout allait changer. Je me souviens d’une conversation téléphonique que j’ai eue avec Hassan Khan, mon grand ami et collaborateur, après le départ de Moubarak. Je lui disais : mais qu’est-ce qu’on va faire ? Je ne me considère pas comme un militant, mais je me nourris de cette situation politique. Quand j’attaque la famille, j’attaque la société ; j’attaque le père, j’attaque le président. Six mois plus tard, je me suis effectivement rendu compte que tout restait à faire. On a changé de façade, mais les questions de fond restent entières. J’étais choqué de voir que la bourgeoisie égyptienne n’était jamais affectée : le monde peut s’écrouler, changer, ces gens continuent à vivre comme si de rien n’était. C’est de ce sentiment qu’est né The Last Supper, que j’ai mis un an à écrire. Dans ce projet, je confronte les spectateurs à un texte qui n’a aucun sens. Les gens sur scène parlent, rient, pleurent, il y a des moments d’émotion très forts, mais si on écoute vraiment ce qu’ils disent, il n’y a aucun sens à tout ça. Pour cette création, j’ai relu Tchekhov, car je sentais que j’allais y trouver quelque chose qui m’intéresse : des gens qui ne parlent pour ne rien dire, mais qui reflètent un état de décrépitude de la société. Je travaille à partir de sujets dits “d’actualité” - pas l’actualité dans le sens de le Révolution, mais des choses que je connais et qui font partie du monde de la bourgeoisie.

Vous dites que vos personnages disposent d’une relative autonomie par rapport au texte que vous avez écrit. Qu’est-ce que ça veut dire plus concrètement ?
Ahmed El Attar : Quand je commence à répéter avec les acteurs, je n’utilise pas le texte. Ce qui m’intéresse, c’est de créer avec eux des personnages qui ne sont pas attachés au texte. Pendant deux-trois mois, on se concentre sur des exercices d’improvisation, non pas pour en faire émerger un texte, mais pour travailler la concentration et l’énergie. J’ai développé cette méthode au contact de Jean-Michel Bruyère, qui a énormément influencé mon travail. J’utilise ces outils pour créer un ensemble d’acteurs qui sont capables d’être sur scène pendant de longues périodes sans n’avoir rien à dire. Dans le spectacle, il y a des personnages qui ne parlent pas du tout, mais qui sont présents, qui ont des choses à faire. Je cherche quelque chose d’organique.

Quelle est la signification du titre, The Last Supper, qui évoque la Cène ?
Ahmed El Attar : Je ne sais pas pourquoi, mais, en commençant le spectacle, j’avais en tête l’image de la Cène. Peut-être aussi parce qu’il y a la dimension de la trahison, qui plane sur le tableau du dernier repas du Christ avec ses disciples. Dans mon esprit, la confrontation de Judas et du Christ, c’est un peu la confrontation du fils aîné et de son père. Pour moi, Judas n’est pas juste un traître ; c’est quelqu’un qui a affronté le Christ. Oui, il l’a vendu, mais il ne lui a pas obéi. Mais tout ça n’apparaît absolument pas dans le spectacle. J’ai choisi l’image de la Cène dans mon spectacle, non pas pour faire référence à une symbolique religieuse, mais pour me réapproprier sa signification à travers le thème de la famille que je choisis d’aborder. L’idée n’est pas d’évoquer une culture chrétienne – ou musulmane d’ailleurs- mais plutôt d’en utiliser les images, les symboles. J’ai volé cette image et j’ai laissé sa signification de côté. Le père, ce n’est pas le Christ non plus : c’est un petit gros avec un cigare, qui rigole et qui parle tout le temps d’argent.

Y a-t-il des confrontations sociales ?
Ahmed El Attar : Bien sûr. Les deux sujets qui m’intéressent sont la place du père dans la famille et le rapport entre maître et serviteur. L’Égypte est un pays de classes. Chez nous, le racisme est un racisme de classes qui est très apparent, mais aussi très subtil. On porte sa classe sociale en sortant de chez soi. Elle est présente dans la façon dont on parle aux gens, dont on s’habille, dont les individus se regardent.

Comment ce spectacle a été reçu dans votre pays ?
Ahmed El Attar : Très bien. Il y a plusieurs niveaux de réception. Les gens ont beaucoup ri au début, mais beaucoup moins à la fin. On s’amuse beaucoup, mais en fait ce n’est pas si drôle car les gens se reconnaissent. Les jeunes sont ravis car, d’une certaine façon, je dis ce qu’ils ont envie de dire. D’autres ont été, j’imagine, confrontés à leur propre vie. Certains ont compris, d’autres non.

Propos recueillis par Marion Siéfert pour le Festival d'Automne à Paris.

 



Photo © Mostafa Abdel Atty

 

 


TEASER

 

 VOYAGE DES ŒUVRES #2


Tout le voyage des œuvres

 

AVANT/APRÈS

[12 nov à 21h30] Conversation publique avec Ahmed El Attar

[14 nov à 18h] Café des langues


[14 nov après la représentation] Radio Lab

 

ON EN PARLE

Théâtral magazine - Hadrien Volle

Euronews

Inferno Magazine - Yves Kafka

Naja21 - Véronique Giraud

L'Artichaud - Bertrand Brie

Des mots de minuit - Philippe Lefait

RTBF.be - Sylvia Botella

L’Insensé | Scènes Contemporaines - Malte Schwind

L'alchimie du verbe

Mediapart - Dashiell Donello

Du théâtre par gros temps - Vincent Bouquet

Euronews [en]


Le Monde, Laurent Carpentier

 

EN SAVOIR PLUS

Dossier du spectacle

 

 

 

 

AVEC

Le Monde, Télérama, ParisART

lemondetelerama parisart