Bis Zum Tod + la trilogie - Markus Öhrn

BERLIN HELSINKI MALMÖ

Markus Öhrn

Bis Zum Tod

20 - 28 MAI

[20, 21, 25 mai à 20h30] bus
[24, 28 mai à 19h30]
[22 mai à 15h00]

Du 20/05/2016 20:30
Au 28/05/2016 19:30
(cliquez sur une date pour réserver en ligne)

durée : 2h15

spectacle en anglais, surtitré en français


Et au +33 41 32 26 26

+ La trilogie

28 MAI 12H-22H


Conte d'Amour

We Love Africa
and Africa Loves Us

Bis Zum Tod

 

 

TARIFS

Tarifs : de 7 à 24€
Le Pass ou la Carte : vos places librement à partir de 9€

Avec les compagnies Institutet et Nya Rampen, l’artiste suédois installé à Berlin Markus Öhrn achève sa trilogie commencée avec Conte d’Amour en proposant une pièce tragique et nihiliste Bis Zum Tod. Se situant dans le cadre cocooning et paternaliste d’une famille occidentale de classe moyenne, le spectacle qui ne contourne pas la question de la pédophilie, raconte comment la pensée psycho rigide du clan familial avec injonction au bien-être et adhésion aux « valeurs » politiques néo-capitalistes, est un processus autodestructeur.

À PROPOS

Le metteur en scène et plasticien suédois Markus Öhrn révélait dans Conte d’Amour présenté ici en 2011 l’inconscient sombre de nos sociétés occidentales patriarcales. C’était le premier volet d’une trilogie entreprise avec les compagnies Institutet (Suède) et Nya Rampen (Finlande), critique sociale sans concession, mettant au jour ce qui se cache dans les caves les plus noires et pourries d’un monde apparemment policé. Le romantisme et la figure du père tout puissant y recevaient un puissant uppercut.

Dans le deuxième volet We Love Africa and Africa Loves Us (2012), Markus Öhrn décryptait l’hégémonie post-coloniale chargée de racisme. La relation de dépendance entretenue par l’aide humanitaire y était pointée, ou comment les Européens externalisent leur propre chaos sur un continent qu’ils fantasment.

Le troisième volet qui clôt la trilogie poursuit cette même analyse sur l’hégémonie occidentale patriarcale. Bis Zum Tod traite de l’amour comme une puissance négative, une machine bien huilée avec, comme option intégrée, l’autodestruction et la mise à mort. Nous sommes toujours dans une famille occidentale de classe moyenne avec ses valeurs positives liées à la politique néo-capitaliste. Dans ce cocon familial bourgeois, un adolescent va provoquer un énorme traumatisme en tombant amoureux d’un pédophile. Markus Öhrn remarque : « Quel est le plus gros traumatisme qui peut actuellement déstabiliser le noyau familial dans notre société occidentale ? La pédophilie semble être la plus grande menace. Pourquoi elle nous effraie autant ? »

Le spectacle se présente comme une incursion dans la psycho-logique de la famille où l’injonction au bien-être et à la pensée unique positiviste enferme chacun dans sa conviction d’être le meilleur, son propre dieu se retourne comme un gant et devient le socle de l’attitude black metal et du nihilisme.

 

GÉNÉRIQUE

Direction artistique, mise en scène, vidéo Markus Öhrn
Musique Janne Lounatvuori, Linus Öhrn, Derek Holzer, Andreas Catjar
Costumes Pia Aleborg
Texte Victoria Larsson, Markus Öhrn, Anders Carlsson
Avec Elmer Bäck, Anders Carlsson, Jakob Öhrman, Rasmus Slätis, Janne Lounatvuori, Linus Öhrn, Derek Holzer
Productrice Sina Kießling

Directeur de production en tournée Kristian Anshelm assisté par Jonas Mattsson
Direction technique Patrick Tucholski
Régie plateau en tournée Sergio Taddei
Assistante à la mise en scène Anne Herwanger
Son Robert Hefter
Assistante video et audio Henriette Berntsen

Avec le soutien de Hauptstadtkulturfonds, Swedish Arts Council, et Swedish Cultural Fond in Finland.

Co-Production I see darkness, Nya Rampen (Finland), Institutet (Sweden), Volksbühne am Rosa-Luxemburg-Platz (Berlin), Zamek Culture Center Poznan et Nowy teatr Warsaw. Avec le soutien amical du Theater der Welt.

ENTRETIEN

Bis zum Tod est le troisième et dernier volet d’une trilogie sur les fêlures de la classe moyenne occidentale. Pourquoi avoir choisi cette classe sociale tout à la fois emblématique de l’emballement ou de la folie post-capitaliste et post-colonialiste. Parce qu’elle est elle-même victime de ce qu’elle soutient ? Vous-même, êtes-vous issu de ce milieu ?
La classe moyenne d’Europe de l’Ouest (blanche hétérosexuelle) qui est la plus grande « masse » (classe) de notre société définit les normes selon lesquelles nous devrions vivre. Mais, comme vous le dites, cette « masse » est victime des normes qu’elle créé. Dans mon travail, je souhaite montrer comment nous nous laissons piéger dans un système qui veut nous faire croire que nous sommes libres, ce que nous ne sommes pas. Je viens d’un petit village du nord de la Suède appelé Niskanpää. Je ne dirais pas que j’ai grandi dans un environnement familial de classe moyenne, mais plutôt dans un environnement ouvrier patriarcal. Aujourd’hui j’appartiens définitivement à la (m)classe moyenne.

Conte d’Amour faisant référence à l’amour romantique, protégé par des caméras de surveillance pour cacher l’inceste dans une cave. Vous avez « traité » un fait divers, celui de Joseph Fritzl, un père de famille « modèle » qui viola sa fille séquestrée et lui fit des enfants. Vous en aviez fait une farce. Pourquoi tenir l’horreur à distance ?
Je ne crois pas tenir l’horreur à distance dans Conte d’Amour, il me semble que beaucoup de spectateurs rient pendant la pièce mais à certains passages commencent à se sentir mal en réalisant ce qui les fait rire. Pour moi, le rire n’est pas nécessairement un état qui accompagne un sentiment positif, le rire vient aussi souvent par erreur quand nous sommes confrontés au sombre enfoui profondément en nous, comme les peurs, le fétichisme et les fantasmes sexuels « interdits ». J’aime travailler avec ces rires et fantasmes cachés.

En 2012, avec We love Africa And Africa love Us, on était projeté sur un continent phantasmé, dans la fiction. Ici, avec Bis Zum Tod, on semble plus proche de la réalité, celle d’une gentille petite famille bourgeoise, apparemment sans histoire et qui pourtant est le lieu même du traumatisme.
Oui avec Bis Zum Tod nous voulions aller au plus près d’un radieux foyer de la classe moyenne. Nous avons débuté avec Conte d’Amour dans une cave fantasmée et dans Bis Zum Tod nous atteignons la surface de notre société actuelle, ici et maintenant. Un foyer où le fitness, l’épanouissement personnel et la pensée positive sont les centres d’attention.

Vous abordez la question de la pédophilie, un des sujets les plus tabous de notre époque.
Oui, dans la dernière partie de notre trilogie nous nous sommes intéressés à examiner la figure la plus crainte et détestée de notre société, la pédophilie et à ce qui arrive quand elle pénètre une famille de classe moyenne. Un pédophile est une personne qui ne peut jamais s’ouvrir sur sa sexualité et est forcé de la cacher et la réprimer. Le problème avec la vision stigmatisée que l’on porte sur la pédophilie est qu’on les regarde comme des criminels et des monstres. Et qu’arrive-t-il à ces personnes quand elles ne peuvent partager avec quiconque leurs fantasmes sexuels sans être détestées. Elles n’osent pas demander de l’aide ou en parler avec leurs amis, familles.
Peu de gens souhaitent aborder ce sujet, nous préférons juste projeter de la haine et de la violence sur la pédophilie. Ne me comprenez pas à tort, je ne soutiens pas qu’il est acceptable qu’un pédophile ait des relations sexuelles avec un enfant, il n’y a aucun doute là-dessus. Néanmoins nous ne considérons jamais ces personnes comme des personnes, de la même manière que nous nous devons de considérer Joseph Fritzl comme un homme et pas juste un monstre. C’est trop simple, il est plus intéressant de considérer ces personnages comme un symptôme de notre société. Ils ont quelque chose à nous dire, certainement quelque chose de terrible mais ils ont quelque chose à dire sur vous, sur moi et sur la société dans laquelle nous vivons.

La figure inébranlable du patriarche occidental est-elle votre cible préférée ? Vous vous attaquez aussi à cette « religion » du bien-être obligatoire.
Oui et cela en lien avec ma propre expérience d’avoir grandi dans une société patriarcale. J’en ai vu les dommages causés et qui ont toujours cours.

Pourrait-on dire que votre théâtre est « documentaire » ou rejetez-vous ce mot ?
Je ne travaille pas à un théâtre documentaire dans le sens où j’essaierai de rendre les choses réalistes et « vraies ». Je travaille avec des images, actions et répétitions stéréotypées et très peu de texte. Pour moi, il s’agit plus d’une expérience que je souhaite créer pour le spectateur et cette expérience devient la « vérité ».

Vous travaillez toujours avec les compagnies Institutet et Nya Rampen. Cette collaboration s’arrêtera-t-elle à la fin de ce triptyque ?
Nous travaillons chacun à différents projets de notre coté, depuis que nous avons terminé la trilogie. Mais nous continuons à travailler ensemble dans différentes constellations, nous sommes tous des amis et collègues proches qui nous soutenons les uns les autres. L’expérience fantastique qu’a été la création de cette trilogie nous a liés à vie, même si nous sentons tous qu’il est temps d’explorer de nouvelles choses dans de nouvelles constellations, on ne sait jamais… peut-être serons nous de retour !!!

Propos recueillis par Marie-Christine Vernay, mars 2016.


LA TRILOGIE

Une performance-marathon qui emmène le spectateur dans un voyage de 10h, depuis le donjon de Joseph Fritzl, en passant par le rêve d'un continent lointain appelé Afrique, jusqu'à la célébration de la vie et la destruction finale de la famille nucléaire. La partition musicale est au coeur de cette réalisation artistique singulière, traversée par de douces chansons d'amour, des paysages sonores cinématographiques, pour arriver à lʼinfâme genre du Nordic Black Metal.

Conte d'Amour
12h - 15h
Partant de l’affaire Josef Fritzl, ce père incestueux qui séquestra dans sa cave durant vingt quatre ans l’une de ses filles et leurs enfants nés en captivité, Markus Öhrn propose une performance filmée qui interroge le voyeurisme du spectateur.

Avec deux caméras, quelques praticables et une bâche plastique, il nous conduit au seuil de la partie immergée du foyer familial, un cloaque expérimental dans lequel sont enfermés quatre acteurs, à la fois occultés par la bâche et surexposés par la vidéo. Markus Öhrn l'affirme sans détour : le cas Fritzl est un symptôme aussi monstrueux que grotesque de «l'amour romantique» sur lequel est fondé le modèle familial. Il en révèle cette pulsion de possession exclusive et absolue de l'autre, qui peut aller jusqu'à le nier comme sujet. 

 

We Love Africa and Africa Loves Us
16h - 18h30
We Love Africa and Africa Loves Us débute là où Conte d’Amour se termine. La famille a échappé aux horreurs vécues dans la cave de Joseph Fritzl et est maintenant à la recherche de nouvelles frontières clés qui pourraient  légitimer leur psycho-logique interne. De retour à la surface d’une sorte de ground zero  de la démocratie moderne, le patriache va avoir besoin de nouveaux outils pour prouver sa légitimité et la solution s’appelle l’ “Afrique”. Le concept occidental de l'Afrique – images d’une terre pas encore civilisée, sauvage, originale et authentique – ayant besoin de notre bienveillante assistance, devient le nécessaire « autre » qui va permettre de redéfinir et animer la structure familiale à nouveau. Ce voyage audacieux qui apporte de la lumière à l’obscurité fait littéralement référence à toutes les ambitions de faire le bien en Afrique – des premières expéditions au cours de l’ère colonialiste et jusque dans l’activisme de l’aide humanitaire moderne. Dans la tradition de cet étendard littéraire “We love Africa and Africa Love us” plonge le public dans un voyage au cœur des ténèbres européennes. Avec la mise en scène du drame de l'aidant et de l'aidé, notre projet vise à explorer comment l'humanitarisme légitime la famille comme un concept universel de vie.

Bis Zum Tod
19h30 - 22h

Photo © Christian Kleiner


VOYAGE DES ŒUVRES #7


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[21 mai à 18h] Rencontre philo 4/4 avec Laurent de Sutter
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