Joris Lacoste - Encyclopédie de la parole

PARIS

Encyclopédie de la parole / 
Joris Lacoste

Suite n°2

 
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1 - 11 OCT 2015

 

[2, 3, 7, 9, 10 oct. à 20h30] bus
[1, 6, 8 oct. à 19h30]
[4, 11 oct. à 15h00]

Du 01/10/2015 19:30
Au 11/10/2015 15:00
(cliquez sur une date pour réserver en ligne)

durée 1h25

spectacle surtitré en français
exceptés les 4 et 11 oct., surtitrés en anglais

Et au +33 1 41 32 26 26

www.festival-automne.com
+33 1 53 45 17 17

TARIFS

Tarifs : de 7 à 24€
Le Pass ou la Carte : vos places librement à partir de 9€

The Last Supper spectacle suivant

 

Vaste chantier que celui entrepris par un groupe de compositeurs, performeurs, chanteurs, poètes, metteurs en scène. Leur « Encyclopédie de la parole » explore l’oralité sous toutes ses formes. C’est dans ce cadre que le metteur en scène français Joris Lacoste crée une nouvelle suite chorale : Suite n°2 qui orchestre des paroles qui « font » quelque chose.

À PROPOS

Joris Lacoste tient ses paroles
En 2013, l’Encyclopédie de la parole a entrepris un cycle de quatre suites chorales qui reposent toutes sur le même principe : la reproduction vivante d’enregistrements tirés de la collection sonore qui comprend aujourd’hui près de 800 documents et peuvent servir de base à des spectacles. Suite n°1 en 2013 pour 11 interprètes, 11 amateurs et 1 chef de chœur, était un chœur à l’unisson. Il offrait un ABC de la parole ordinaire en 45 scènes et 9 langues. 

En poussant encore plus loin le même principe, Joris Lacoste crée cette fois un quintette, Suite n°2. Cette partition, comme la précédente et celles à venir, se déplie sur trois plans parallèles : la succession de situations clairement reconnaissables et contrastées, le sens des mots proprement dits, dont l’enchaînement et l’articulation composent un texte en forme de patchwork et, enfin, le plan purement sonore ou musical de la langue qui se confond avec le plan des affects et des intensités. 

Le nouveau quintette orchestre des paroles en 16 langues différentes qui, chacune à leur façon, sont des actions : des déclarations de guerre ou d’amour, des paroles qui font peur ou qui font du bien, qui promettent, menacent, supplient, rejettent ou rassemblent. Chacune d’entre elles a été prononcée un jour quelque part dans le monde et elles se rencontrent pour la première fois, composées et mises en scène par Joris Lacoste et harmonisées par le compositeur Pierre-Yves Macé. Le théâtre à entendre de Suite n°2 confronte ses spectateurs aux paroles actuelles et, à travers leurs timbres et leurs tempos, leurs nuances et leurs accents, nous fait écouter autrement les mots, exclamations et injonctions qui façonnent notre monde. 

M.-C. V.

GÉNÉRIQUE

Conception Encyclopédie de la parole
Composition et mise en scène Joris Lacoste
Création musicale Pierre-Yves Macé
Distribution Vladimir Kudryavtsev, Emmanuelle Lafon, Nuno Lucas, Barbara Matijevic, Olivier Normand
Assistance et collaboration Elise Simonet
Lumières, vidéo et régie générale Florian Leduc
Son Stéphane Leclercq
Costumes Ling Zhu

Administration de production : Dominique Bouchot et Marc Pérennès
Diffusion : Judith Martin
Création Kunstenfestivaldesarts, Bruxelles, 2015
Production Échelle 1:1 (compagnie conventionnée par le ministère de la Culture et de la Communication / DRAC Ile-de-France). Judith Martin et Marc Pérennès

Coproduction T2G - Théâtre de Gennevilliers / Festival d’Automne à Paris,  Théâtre Komaba Agora-Seinendan et l’Institut français du Japon, Asian Culture Complex – Asian Arts Theater Gwangju, Kunstenfestivaldesarts (Bruxelles), Théâtre Vidy-Lausanne, Steirischer Herbst Festival, Parc de la Villette-résidence d’artistes 2015 (Paris), Rotterdamse Schouwburg, Théâtre National Bordeaux-Aquitaine.
Spectacle accueilli à l'Usine, Scène conventionnée (Tournefeuille) et au Nouveau Théâtre de Montreuil.
Suite n°2 est coproduite par NXTSTP avec le soutien du Programme Culture de l’Union Européenne. Avec le soutien de l'Institut français dans le cadre des dispositifs Théâtre Export et CIRCLES, 1. Avec le soutien de l'ONDA -Office National de Diffusion Artistique. Avec le soutien de l'ADAMI.
Coréalisation T2G – Théâtre de Gennevilliers, Festival d’Automne à Paris.

ENTRETIEN

Suite n°1 ‘ABC’ renouait aux apprentissages du langage. Avec Suite n°2, vous vous intéressez aux paroles qui ont une action effective sur la réalité : au parler pour faire. Que cherchez-vous précisément dans ce passage à l’action de la parole ?
Joris Lacoste : Suite n°1 fonctionnait pour moi comme une introduction à la série des Suites chorales de l’Encyclopédie de la parole : je voulais faire comme un ABC de la parole ordinaire à travers une cinquantaine de situations très diverses. Pour Suite n°2, l’enjeu c’est d’entrer dans le drame, c’est-à-dire, étymologiquement, dans l’action. Faire entendre des paroles qui s’inscrivent dans le monde, qui font quelque chose, des paroles “performatives” qui agissent ou tentent d’agir sur le réel. J’ai pensé qu’il pouvait y avoir un enjeu théâtral à composer avec elles un spectacle d’action, mais où l’action passerait entièrement par les voix. Une pièce où les événements adviendraient dans et par la parole elle-même : des déclarations d’amour ou de guerre, des ruptures, des verdicts, des menaces, des encouragements, des exhortations, des prières, des crises de toute sorte.
Quand on pense à la prolifération de vidéos, de discours et de messages enregistrés qui nous entourent, on peut se dire que la parole n’a jamais eu autant de pouvoir sur le monde qu’aujourd’hui, et peut-être même qu’elle est en train de reprendre le pas sur l’écrit. Et ce qui m’intéresse particulièrement, c’est de faire entendre non seulement les mots qui sont dits, mais aussi la manière dont ils le sont. Tout le sens du projet de l’Encyclopédie est de croire que la forme de la parole, ses inflexions, ses accents, ses silences, sont tout aussi signifiants — parfois même beaucoup plus — que les énoncés proprement dits.

Par quelles méthodes trouvez-vous et choisissez-vous les enregistrements que vous allez reproduire sur scène ?
Joris Lacoste : Depuis bientôt huit ans, avec l’Encyclopédie de la parole, on déniche et on collecte des enregistrements de paroles de toute sorte qui nous semblent remarquables à un titre ou à un autre. On en a des centaines archivées sur notre site Internet. Quand on commence à travailler sur une nouvelle pièce, je définis des axes de recherche avec un certain nombre de critères, et on fait collectivement une première sélection de documents, très large. Je choisis ensuite et j’organise les documents qui seront dans la pièce. Je dirais que les documents s’imposent par un mélange de hasard, d’intuition et d’obstination. L’objectif est de trouver des paroles qui ont en elles-mêmes une sorte de perfection, qui tiennent debout toutes seules hors du contexte dans lequel elles ont été produites. Il faut les écouter jusqu’à ce qu’on ait l’impression de les comprendre intimement. Quand certaines s’imposent comme des personnages possibles, on les invite à participer au spectacle, on leur donne un rôle, un corps, des partenaires. On les écoute dialoguer avec d’autres, on repère des sympathies, des contrastes, des accords, des points de dissonance, on organise des rencontres, et à un moment elles commencent à se répondre et à raconter ensemble quelque chose de particulier.

Comment faire coexister des paroles aussi variées en terme de langue, de situation, de registre, de culture ?
Joris Lacoste : Je suis toujours fasciné par la pensée qu’en ce moment en Chine, en Colombie, en Autriche, à Béziers, en Ouganda, des gens vivent, agissent, dînent en famille, participent à des réunions, s’engueulent, parlent à leur chien, prient, vendent des taureaux, croupissent en prison, font l’amour, se battent pour survivre. J’essaie régulièrement, et c’est un exercice spirituel que je conseille, d’imaginer le plus de choses possible ayant lieu à différents endroits du monde.
Toute la question de cette pièce est pour moi : comment faire exister ensemble différents plans de la réalité ? J’adore les films de Johan van der Keuken1, construits comme une dérive dont la logique exacte nous échappe mais dont pourtant on lui fait crédit. Son art du montage m’a aidé à comprendre comment faire cohabiter des paroles si diverses. Cela ne m’intéresse pas de produire juste des chocs, des contrastes, du brouhaha, je n’ai pas plus de fascination pour le chaos que pour l’ordre. Ce qui m’intéresse, à l’ère du multitâche, c’est le processus d’harmonisation : comment notre esprit arrive à traiter toutes les informations incroyablement disparates qu’il reçoit chaque jour et comment il peut, plutôt que de succomber à l’accablement, inventer de nouveaux types d’agencements, de nouvelles structures formelles, de nouvelles possibilités de sens. C’est essentiellement une question de point de vue. Tout est déjà là. Les paroles existent dans le monde, mon travail consiste à trouver la perspective selon laquelle le réel nous apparaîtra dans cette étrange harmonie qui le rendra possible.

Suite n°1 fonctionnait selon un principe d’unisson. Pourquoi avoir réduit le chœur de Suite n°2 à un quintette? Comment cette composition plus complexe influe sur la dramaturgie de la pièce ?
Joris Lacoste : L’unisson faisait sens dans Suite n°1 en tant que forme élémentaire de la récitation, comme l’expression commune de certains types de paroles qui, de fait, appartiennent à tous. Réciter en chœur le message d’un serveur vocal ou un extrait du JT de Claire Chazal, c’est une manière de se les réapproprier collectivement. Pour Suite n°2, je voulais revenir à un principe individuel de prise de parole, comme dans Parlement [2009], mais en travaillant la choralité différemment. L’harmonie, en musique, c’est la coexistence simultanée de différents sons. Ici, il s’agit de faire coexister différentes paroles, mais plus seulement dans un montage successif comme dans les pièces précédentes. À certains moments, on tente de les faire exister en même temps, ce qui produit quelque chose de très nouveau pour moi - des formes de résonance qui me permettent de me libérer du montage linéaire. Il ne s’agit plus de créer un rapport tiers à partir de deux éléments, mais un faisceau de relations possibles, sur des niveaux à la fois de contenu, de forme et de situations : le sens devient une tonalité mouvante, un accord complexe fait de registres toujours changeants.

Vous avez fait appel au compositeur Pierre-Yves Macé sur ce projet. Comment s’est déroulée votre collaboration et à quel endroit de la composition est-il intervenu ?
Joris Lacoste : Je voulais accompagner cette harmonisation des paroles entre elles d’une harmonisation plus littéralement musicale. Pierre-Yves Macé a une longue histoire avec l’Encyclopédie de la parole, il y a participé de manière très active au début et il a réalisé pour nous de nombreuses pièces sonores et radiophoniques. Nous avions aussi collaboré tous les deux sur Le vrai spectacle [présenté au T2G, dans le cadre du Festival d’Automne à Paris en 2011], dont il avait composé la musique. Pour Suite n°2, je lui ai demandé de composer des arrangements et accompagnements vocaux pour certains documents, et plus généralement de réaliser le “design sonore” de la pièce. Le recours à la musique est d’abord une manière de souligner certaines caractéristiques formelles de la parole. Mais cela peut aussi être une manière de déplacer l’écoute, par exemple pour redonner une dignité (voire une grandeur) à une parole triviale. C’est parfois à l’inverse une manière de mettre de l’ironie sur des paroles qui se prennent trop au sérieux. Dans l’ensemble, la dimension musicale de la pièce aide, je pense, à trouver la juste distance vis-à-vis de scènes souvent très chargées affectivement ou politiquement.

En choisissant de reproduire à l’identique des enregistrements, vous faites preuve d’une forme de respect envers les documents originaux. En quoi consiste ce respect ? Quels changements vous permettez-vous ?
Joris Lacoste : C’est une question que l’on se pose tout le temps avec les acteurs : on reproduit des paroles qui toutes ont été prononcées un jour quelque part dans le monde, avec des motivations qui nous resteront en partie inaccessibles. Mais qu’est-ce que cela veut dire, reproduire ? Qu’est-ce que cela implique, de se glisser dans la voix de quelqu’un et de repasser non seulement par ses mots, mais par ses inflexions, sa rythmicité particulière, ses souffles et ses hésitations ? Quel sens prend, dans ce cas, la notion de “respect” ? C’est paradoxalement en extrayant ces paroles de leur situation d’origine, où trop de choses étaient en jeu, qu’on peut les faire entendre dans toute leur réalité. Ce que le théâtre permet, je crois, ce n’est pas de reproduire la réalité mais de la rendre réelle. Il est très difficile de croire que les choses dont on entend parler — la décapitation du pilote jordanien, les naufrages de migrants, la mort de Michael Brown — sont réelles. Réellement réelles. Le théâtre, j’en ai la conviction peut-être naïve, peut nous y aider — mais à condition de trouver des déplacements qui soient opérants.
À partir de chaque parole, on extrait une partition en choisissant les paramètres que l’on veut souligner et ceux que l’on peut négliger. Il faut aussi décider de la façon dont on va travailler les adresses : qu’est-ce que cela produit, de dire à un public une parole qui à l’origine s’adressait à une seule personne ? Il n’y a pas de stratégie unique : pour chaque parole on doit trouver la meilleure façon de faire entendre ce qui nous semble important. Parfois il faut faire jouer une parole masculine par une femme, parfois il faut dire une parole individuelle à plusieurs, ou changer un timbre, parfois il faut l’accompagner par du chant, parfois il faut en superposer plusieurs, etc.

Parmi tous les enregistrements qui composent la partition de Suite n°2, y a-t-il certaines paroles qui se distinguent des autres ?
Joris Lacoste : Une question qui m’obsède est : qu’est-ce qu’une parole vraie ? Une parole sincère, authentique, nécessaire ? Comment peut-on la distinguer de toutes les paroles vaines, fausses, normées, rabâchées ? Par quelles nécessités particulières certaines paroles spontanément surgissent et semblent adhérer complètement à la situation qui les produit ? Il y a beaucoup de paroles de refus ou de révolte dans la pièce, de paroles en crise, des paroles poussées dans leurs retranchements. Ce qui m’intéresse, c’est le contraste entre des paroles cadrées et des paroles qui brisent le cadre.

Je pensais à ce que Barthes écrivait à propos de Racine : “ La tragédie est seulement un échec qui se parle”. Avez-vous retrouvé de manière inattendue cette dimension-là du théâtre dans votre travail sur Suite N° 2 ?
Joris Lacoste : D’une certaine manière, Suite n°2 est un portrait sonore de notre monde, ou tout au moins du monde tel qu’il nous parvient, par les paroles, les voix et les langues. Et il est aisé de voir le monde actuel comme l’échec monumental de toutes les luttes et utopies qui l’ont traversé depuis disons deux siècles. Il y a certainement une dimension pessimiste dans la pièce, mais on peut aussi puiser une forme d’espoir dans le simple fait que certaines paroles restent vivantes, que des gens disent “non”, disent “peut-être”, disent “je t’aime”, disent “encore”. C’est certes un espoir très très mince. Le monde a autant de chances d’être sauvé que moi de gagner au loto. Ou que la vie d’apparaître sur Terre. Mais la vie est apparue, non ? Et des gens gagnent au loto toutes les semaines.


Propos recueillis par Marion Siéfert pour le Festival d'Automne à Paris.

Photo © Florian Leduc

 

 

 

 VOYAGE DES ŒUVRES #1


Tout le voyage des œuvres

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[3 oct. 18h] Café des langues
[10 oct. 18h] Rencontre philo 1/4 avec David Zerbib

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